Sherlock Holmes

Sherlock
Sherlock

État Civil

 

Nom : Sherlock Holmes (1854 - date de mort inconnue)
Lieu de naissance : non indiqué dans les aventures
Famille : Descendant de petits propriétaires terriens et petit-fils de la sœur du peintre français Vernet, Holmes ne présente à Watson qu'un frère, prénommé Mycroft, de sept ans son aîné. Il occupe une place très importante au gouvernement et tient résidence au Diogène club à Londres. Le détective ne mentionne aucun autre membre de sa famille dans les aventures.


Situation de famille : ni mariage, ni paternité indiqués dans les aventures.

Décoration : la légion d'honneur, accordée en 1894 pour l'arrestation de Huret, l'assassin des boulevards à Paris.
Adresse : Montague Street avant sa rencontre avec Watson puis 221b Baker Street dans ses années d'exercice, puis dans le Sussex durant sa retraite.

Biographie rapide

 

Avant l'activité de détective conseil :

 

Sur son enfance et son adolescence, on ne sait pas beaucoup de chose. C'est pendant les deux années qu'il passe au collège (on ne sait pas lequel) que Sherlock Holmes prend conscience qu'il peut gagner sa vie grâce à ce qui n'est pour lui qu'un simple passe-temps : l'observation et la déduction. Le père de son seul ami du moment lui ouvre les yeux en lui lançant : "Je ne sais pas comment vous vous débrouillez, monsieur Holmes, mais j'ai l'impression que tous les détectives officiels ou officieux sont à côté de vous des enfants.

 

 

C'est là votre carrière, monsieur !"  Puis, pendant ses dernières années à l'université (on ne sait pas laquelle), on se met à parler de lui et de ses méthodes Sa carrière commence ainsi.

 

 

 

Son activité de détective conseil :

 

 

 

Il entame ses activités en 1878, à 24 ans. Sa collaboration avec Watson commence en 1881 ou en 1882. Les enquêtes, d'abord rares, se multiplient et Holmes en avoue 500 d'importance en 1889 (HOUN) et un millier en tout en 1891 De la fin des années 1880, jusqu'en avril 1891, il se consacre au démantèlement de l'organisation criminelle du professeur Moriarty.

 

 

 

Le 4 mai 1891, les deux hommes se livrent un duel au sommet des chutes de Reichenbach en Suisse. Moriarty y laisse la vie et Holmes choisit de disparaître officiellement. Il reprend du service en 1894  et jusqu'en 1901, il résout encore des centaines d’affaires.

 

 

 

C'est à cette époque que Watson parvient à détourner Holmes de la drogue. Ses services rendus à la couronne britannique lui valent une audience privée avec la reine Victoria en 1895  mais il refuse le titre de chevalier en juin 1902.

 

 

 

Après l'activité de détective conseil :

 

 

 

Il prend sa retraite fin 1903 ou début 1904  ayant pratiqué sa profession pendant vingt-trois ans  avec une pose de trois années qu'il passe à voyager pendant le Grand Hiatus (de 1891 à 1894). Il choisit de se retirer seul dans une ferme du Sussex  où il consacre son temps à l'apiculture.

 

 

 

A la veille de la Première guerre mondiale, sa dernière affaire connue est l'arrestation de l'espion allemand Von Bork

 

Aspect Physique

 

Ce que l'on remarque en premier chez Holmes, c'est sa grande taille et sa minceur. Il mesure 6 pieds, soit 1,80 m mais Watson estime qu'il paraît encore plus grand. Son visage est étroit. Son front est large. Ses cheveux sont noirs, ses sourcils sombres et épais.

 

 

Son nez est fin et ressemble à celui d'un faucon. Ses lèvres sont minces et fermes. Ses yeux sont gris et particulièrement vifs et perçants, lui donnant un regard introspectif quand il réfléchit. Sa voix, haute et un peu stridente, à un débit rapide.

 

Tenue Vestimentaire

Holmes a la propreté d'un chat et s'habille d'une certaine élégance, du genre strict. Mais il pratique, dans la vie courante, un débraillé qui ne plaît pas toujours au docteur Watson.

 

Il porte habituellement un costume de tweed ou une redingote, de temps en temps un ulster. Dans l'intimité, il vit en robe de chambre. Il en possède plusieurs. L'une est pourpre, une autre est bleu, une troisième est gris souris. A la campagne, il porte un long manteau gris, un costume de tweed et une casquette de drap qui est, peut-être, une deerstalker. Holmes fume le cigare, la cigarette et, bien sûr, la pipe. Trois pipes particulières sont mentionnées. La première, le plus souvent, est "sa bonne vieille pipe noire" qu'il fume lors de ses méditations.

 

Il la remplace parfois par une pipe de bruyère pourvu d'un tuyau en ambre. Quand il passe à l'analyse d'un problème, il fume plutôt une pipe en merisier. (Notez que, contrairement à l'image largement répandu aujourd'hui, Sherlock Holmes ne fume jamais une pipe calebasse dans ses aventures)

Condition Physique

Holmes prend rarement de l'exercice par amour de l'exercice et considère l'effort physique sans objet, comme un gaspillage d'énergie.

 

Néanmoins, pour être efficace dans son travail, il entraîne toujours son corps en pratiquant plusieurs sports : le baritsu (art martial), la boxe anglaise, l'escrime, la canne, la pêche à la ligne, le golf, la nage en mer. C'est un bon coureur à pied, qui possède une force physique inimaginable.

 

Il a des doigts très puissants et une poigne de fer qu'il utilise pour redresser le tisonnier tordu par le Dr Roylott, Watson estime que peu d'hommes sont capables d'un plus grand effort musculaire Enfin, tous ses sens sont très développés et il possède une extrême finesse de toucher.

 

L'oisiveté épuise Sherlock Holmes, de son propre aveu, et il peut passer des journées entières au lit quand il n'a pas de travail. Holmes n'a rien d'un lève-tôt quand rien ne l'y oblige. Mais il peut passer une nuit blanche sur ses tubes à essais quand cela est nécessaire. Dès qu'une affaire se présente, il se lève à l'aube, et devient infatigable, passant des jours, voire une semaine sans repos.

Habitude Alimentaire

Son régime alimentaire pêche plutôt par un excès de frugalité que par une trop grande richesse et il va jusqu'à ne plus manger quand il travaille. "Ce que la digestion fait gagner à notre sang est autant de perdu pour notre cerveau, dit-il, Je suis un cerveau. Le reste de mon corps n'est que l'appendice de mon cerveau. Donc, c'est le cerveau que je dois servir d'abord"

Problème de Santé

Au printemps de 1887, sa santé se trouve ébranlée par un surmenage excessif et en 1897, sa constitution de fer commence à révéler quelques symptômes de lassitude sous le travail énorme qui l'accable. Il doit prendre du repos pour s'épargner une grave dépression nerveuse.

 

Pendant sa retraite, il souffre de crise de rhumatisme ce qui ne l'empêche pas de nager fréquemment dans la mer.

Son Amour du Travail

La personnalité de Sherlock Holmes est double. Dans ses accès de travail, il déploie une énergie à toute épreuve, puis vient la réaction: pendant de longues journées, il reste étendu sur le canapé sans rien dire, sans remuer un muscle, depuis le matin jusqu'au soir.

 

"Je ne me souviens pas d'avoir jamais été fatigué par le travail. En revanche, l'oisiveté m'épuise complètement Cela passera si vous me laissez tranquille». Pendant ces périodes, il s'adonne à la drogue (mais beaucoup moins que ne le dit la légende), alternant la cocaïne et la morphine  puis au travail (études et recherches dans de nombreux domaines très éloignés du monde criminel : musique, histoire, archéologie, botanique, etc.).

 

Son esprit ressemble à un moteur de course: il se détraque quand il n'exécute pas les exploits pour lesquels il est construit. "L'homme n'est rien, l'œuvre c'est tout", dit-il  citant Flaubert. "Le travail est le meilleur remède à la tristesse", "le meilleur repos est un changement de travail». Et tout ce travail, c'est seulement pour l'amour de l'art.

 

Son caractère

 

Comme tous les êtres humains, Holmes est complexe et souvent contradictoire, à la fois dans sa personnalité et dans ses attitudes. Il apparaît comme sans émotion et replié sur lui-même, scientifique jusqu'à l'insensibilité, comme un véritable automate, une machine à raisonner, radicalement inhumain, avec un masque d'Indien Peau-Rouge qui, tant de fois, le fait passer pour une machine insensible et non pour un être humain.

 

 

 

Il place, au-dessus de tout, la précision et la concentration de la pensée. Watson fait constamment référence à son agitation et à son impatience, à sa nervosité et à son excitation, à son naturel curieux et avide, à sa manie de se ronger les ongles quand il est préoccupé, à l'importance qu'il porte à son orgueil, à sa réputation, au respect de lui-même et à un certain égoïsme.

 

 

 

Il ne se range pas parmi les gens qui placent la modestie au nombre des vertus. Pour le logicien, les choses sont ce qu'elles sont, et se sous-estimer est, tout autant que se surestimer, une altération de la réalité. "Ce que l'on fait en ce monde importe peu. La question, c'est ce que vous pouvez faire croire que vous avez fait." 

 

 

 

 Il est égotiste et didactique et on dit de lui qu'il est aussi sensible à la flatterie, quand il s'agit de son art, que n'importe quelle femme quand il s'agit de sa beauté. Une de ses plus grandes faiblesses c'est qu'il supporte mal les intelligences moins vives que la sienne et il peut être franchement méprisant pour ceux qui lui sont inférieurs mentalement, et pour ceux avec qui il n'est pas d'accord.

 

 

 

Cette conduite ennuie particulièrement Watson très souvent. Bien qu'il laisse le crédit de ses affaires à la police, il s'irrite d'un manque de reconnaissance. Il se garde toujours la possibilité d'agir seul car l'aide qu'il trouve à l'extérieur est toujours ou insignifiante, ou réticente. Il s'intéresse à une affaire pour aider les fins de la Justice et le travail de la police. S'il se tient à l'écart de la police officielle, c'est d'abord parce qu'elle le tient à l'écart.

 

 

 

 Il n'a nul désir de marquer des points à ses dépens. Mais il aime bien taquiner les détectives officiels en leur donnant des indices tout en négligeant d'expliquer leur signification. Il s'amuse. En réalité, il ne souhaite pas leur masquer l'évidence. Ses yeux étincellent de malice quand il fait miroiter la preuve dans la tragédie de Birlstone, par exemple. S'il est dur avec les autres, il ne s'épargne pas lui-même. Il se fait des reproches quand il est trop lent à résoudre le problème.

 

 

 

Des autres, il aime les attentions, l'admiration et les applaudissements. Sa nature froide, qui ne se préoccupe pas de gloriole aux yeux du vulgaire, est touchée par les louanges d'un ami. Il aime impressionner ses clients par l'étalage de ses facultés et surprendre ceux qui l'entourent. Comme un artiste, il est en représentation.

 

 

 

Il y a en lui une certaine veine artistique qui l'attire sur la scène. "L'inculpation brutale, la main au collet, que peut-on faire d'un pareil dénouement? Mais la subtile déduction, le piège malin, l'habile prévision des événements à venir, le triomphe vengeur des théories les plus hardies, tout cela n'est-il pas la fierté et la justification du travail de notre vie?"  Il avoue souvent être incapable de se refuser une note dramatique. Il a parfois tendance à faire sa propre justice et assouvir une vengeance personnelle.

 

 

 

 Une ou deux fois, avoue-t-il, dans sa carrière, il a senti qu'il avait commis plus de mal véritable en découvrant le criminel qu'il n'en avait fait, lui, par son crime. Il pardonne les vengeances personnelles des autres et avoue qu'il se sent directement responsable de la mort du docteur Roylott . Il n'hésite pas à utiliser des méthodes illégales pour une cause juste à ses yeux et souvent il imagine qu'il pourrait être un criminel très efficace s'il utilisait ses talents contre la loi, ce sur quoi Scotland Yard est bien d'accord.

 

 

 

Comme tous les grands artistes, indique Watson, il est fréquemment impressionné par l'ambiance extérieure et il reconnaît avec humour qu'il croit au Genius Loci mais sans doute seulement entre deux affaires car quand il est en enquête, il peut s'élever au-dessus de telles influences et possède au plus haut degré la faculté très remarquable de se libérer l'esprit à volonté. Il prête peu d'attention à sa sécurité quand son esprit est absorbé par une enquête (bien qu'il affirme qu'il est stupide plus que courageux de refuser de croire au danger quand il vous menace de près) et il est très contrarié par tout ce qui vient distraire son attention.

 

 

 

"Une intense concentration mentale à le pouvoir étrange d'anéantir le passé", dit-il, et pour cela il ne souhaite pas que deux affaires se chevauchent. Professionnellement, Holmes est le seul en Europe à posséder ces dons et cette expérience. Pour cette raison, il refuse l'ordinaire. Il est la dernière cour d'appel. Quand on lui dit que ses critères pour choisir une affaire sont discutables, il répond que le rang de son client lui importe moins que l'intérêt de son affaire.

 

 

 

"L'homme qui a la passion de l'art pour l'art tire souvent ses plaisirs les plus délicats de manifestations mineures ou soi-disant inférieures "On n'est jamais assez instruit, Watson". L'instruction s'acquiert tout au long d'une série de leçons et la dernière est la plus grande."  Il refuse d'agir si son client ne lui dit pas tout ce que confirme Watson : "Quelques problèmes relatifs à des secrets de famille sèmeraient, s'ils étaient révélés, l'effroi et la consternation dans de hautes sphères de la société», " La discrétion et le sentiment élevé de ses devoirs professionnels qui ont toujours animé mon ami président à notre choix : aucun abus de confiance ne sera commis." 

 

 

 

Absolument dépourvu de cruauté, il est néanmoins endurci à force de vivre dans le sensationnel. Holmes se décrit lui-même comme n'ayant jamais été un individu très sociable. A part Watson, il déclare ne pas avoir d'amis et n'encourage pas les visiteurs. Il montre une réticence à nouer de nouvelles amitiés et préfère vivre dans la solitude et l'isolement. Il fait preuve d'insouciance et d'une veine mi-cynique, mi-humoristique mais la dureté n'est pas dans sa nature nous dit Watson qui souligne sa gentillesse et cette sorte de gaieté sinistre qui caractérise ses meilleurs moments.

 

 

 

Il est remarquable par sa courtoisie et il est passé maître dans l'art de mettre les plus humbles à leur aise et possède presque un pouvoir hypnotique qui lui permet d'apaiser quand il le veut. "Je pense que chacun d'entre nous recèle une petite étincelle d'immortalité", remarque-t-il. "La vie est pleine de fantaisie, Watson", dit-il et quoiqu'il se défende de rire souvent, il rit, sourit, plaisante fréquemment.

 

 

 

Holmes a ses habitudes, des habitudes strictes et rigoureuses. Au début de leur association, Watson les considère comme normales et faciles à vivre mais rapidement il les requalifie d'excentriques et d'anormales, présentant Holmes comme un des hommes les moins ordonnés qui auraient jeté hors de ses gonds n'importe quel compagnon d'existence. Il a une vie de bohême. Il s'entraîne au tir au revolver dans son salon.

 

 

 

Il a horreur de détruire des documents. Il range ses cigares dans un seau à charbon, son tabac au fond d'une babouche persane et sa correspondance en attente de réponse sous la lame perforatrice d’un couteau à cran d'arrêt fiché en plein milieu de la tablette de la cheminée. Son incroyable manque de soins, sa prédilection pour la musique à des heures que tout un chacun réserve au sommeil, son entraînement au revolver en chambre, ses expériences scientifiques aussi étranges que malodorantes, l'ambiance de violence et de danger qui l'entoure font de lui le pire des locataires de Londres.

 

 

 

Mais sans ses dossiers, ses analyses chimiques, son désordre habituel, il n'est pas à l'aise. L'amour de la nature ne fait pas partie de ses dons innombrables. Il n'éprouve pas le moindre attrait pour la campagne ni pour la mer, jusqu'à sa retraite. Retiré dans le Sussex, il s'adonne entièrement à cette vie apaisante de la nature à laquelle il dit avoir si fréquemment aspiré pendant les nombreuses années passées dans les ténèbres londoniennes. Son esprit lucide, froid, admirablement équilibré répugne à toute émotion en général et à celle de l'amour en particulier.

 

 

 

Il apparaît sans sentiment, saturnien et peu démonstratif. Ses émotions se sont émoussées à force de vivre dans le sensationnel. "L'émotivité contrarie le raisonnement clair et le jugement sain." affirme-t-il. "J'utilise ma tête, pas mon cœur."

 

Ses Rapports avec les femmes

 

C'est dans son attitude face aux femmes et à l'amour qu'il est particulièrement remarquable. "L'amour est tout d'émotion et l'émotivité s'oppose toujours à cette froide et véridique raison que je place au-dessus de tout.

 

 

 

Je ne me marierai jamais de peur que mes jugements n'en soient faussés."  Il n'aime pas le sexe faible. Il en a une véritable aversion, dit-il à Watson. Lorsqu'il parle des choses du cœur, c'est toujours pour les assaisonner d'une pointe de raillerie ou d'un petit rire ironique. Il accepte l'hospitalité d'un ami de Watson dès qu'il apprend qu'il est célibataire.

 

 

 

"On ne peut jamais faire totalement confiance aux femmes ; pas même aux meilleures d'entre elles." Ceci dit, quand il le veut, il use de manières très doucereuses avec les femmes et il les met rapidement en confiance. Dans ses rapports ordinaires avec elles, il met beaucoup de gentillesse et de courtoisie. Il n'a nulle confiance dans le sexe faible, mais il est toujours un adversaire chevaleresque. "Le cœur et l'esprit d'une femme sont des énigmes insolubles pour un mâle", dit-il.

 

 

 

"Leurs actions les plus banales peuvent se rapporter à quelque chose de très grave, mais leur comportement extraordinaire dépend parfois d'une épingle à cheveux ou d'un fer à friser.", "J'ai trop d'expérience pour ne pas savoir que l'intuition d'une femme peut s'avérer beaucoup plus valable que les conclusions d'un raisonneur qui procède par analyse", dit-il en 1889.

 

 

 

"J'apprécie beaucoup l'instinct féminin", ajoute-t-il en 1907. Mais dans les deux cas, il s'adresse à des femmes en deuil ou dans la peine qu'il souhaite ménager... Il a l'habitude d'ironiser sur la rouerie féminine jusqu'au jour où il est battu par Irène Adler. Il reste insensible aux charmes de Mary Morstan  et, en dépit de sa prévenance envers Violet Hunter, à la déception de Watson, il cesse de lui témoigner le moindre intérêt dès qu'elle n'est plus le pivot de l'un de ses problèmes.

 

 

Malgré tout, sa logeuse, Mrs Hudson, l'aime bien et il séduit à merveille la servante de Charles Auguste Milverton déguisé en plombier. La seule intimité qu'il se permet est celle qu'il partage avec Watson. "J'étais plus proche de lui que n'importe qui au monde, et cependant je savais qu'un abîme nous séparait", écrit le docteur. Une seule fois, le masque de Holmes tombe complètement et pour la première fois de sa vie, le docteur sent battre le grand cœur digne du grand cerveau. C'est lors de l'aventure des Trois Garrideb quand Holmes s'inquiète pour Watson qui vient d'être blessé. Finalement, laissons le dernier mot sur ce sujet à Holmes qui déclare, au printemps 1897, qu'il n'a jamais aimé.

 

Ses Passions

L'art en général et surtout la musique avec, en particulier, les motets de Lassus, la chimie, le Moyen Age et, en particulier, les éditions anciennes (imprimées en caractères gothiques, par exemple), certains manuscrits anglais (early English Charters), des œuvres dramatiques médiévales (Miracle Plays), la poterie médiévale, le cornique (le dialecte celte de Cornouailles), le bouddhisme de Ceylan (Hinayana, la forme la plus ancestrale du bouddhisme qui s'oppose à celui pratiqué en Chine et au Népal), les abeilles, les violons de Stradivarius, les prototypes de navires de guerre, etc.

Holmes et la musique

 

De tous les arts, Sherlock Holmes préfère la musique. Et il ne s'agit pas d'une simple distraction. Il l'utilise pour réfléchir lors d'une enquête : "La musique allemande... est davantage à mon goût que la musique française ou italienne, elle est introspective et j'ai grand besoin de m'introspecter..."

 

 

 

Il se déplace volontiers pour aller entendre un artiste : la violoniste Norman-Néruda, les frères de Reszké ou une œuvre qui lui plaît de Wagner, de Chopin... Sherlock Holmes est un violoniste. Dès le premier chapitre de ses aventures, dans Une Etude en rouge (mars 1881), il en prévient Watson, avant de partager un appartement avec lui : (Holmes) - Faites-vous entrer le violon dans la catégorie des bruits fâcheux ? demanda-t-il avec anxiété. (Watson) - Cela dépend de l'exécutant, répondis-je. Un morceau bien exécuté est un régal divin, mais s'il l'est mal !... Dès leur installation, Watson, découvrant mieux son nouveau colocataire, s'attache à en définir les connaissances.

 

 

 

Sur douze références caractéristiques, allant de la littérature au droit, en passant par la philosophie ou la boxe, il inscrit en dixième position: "Joue bien du violon." Puis, plus loin, il développe une seule de ces douze connaissances : le violon. "J'ai déjà fait allusion à son talent de violoniste. Talent remarquable, mais excentrique comme tous ses autres talents. Qu'il pût jouer des morceaux, même des morceaux compliqués, je le savais ; car, sur ma prière, il m'avait fait entendre des lieder de Mendelssohn et quelques autres chefs-d’œuvre que j'aimais. Mais livré à lui-même, il faisait rarement de la musique.

 

 

 

Pendant toute la soirée, renversée dans son fauteuil, les yeux clos, il grattait négligemment l'instrument posé sur ses genoux. Les accords qu'il en tirait ainsi, sonores ou mélancoliques, fantastiques ou gais, reflétaient avec clarté les pensées qui l'obsédaient. Stimulaient-ils son esprit? Jouait-il seulement par caprice, par fantaisie? Je ne saurais le dire. Je me serais révolté contre ces soli exaspérants si, d'ordinaire, pour me dédommager un peu de l'épreuve à laquelle il avait mis ma patience, il n'avait ensuite exécuté avec brio une série de mes airs favoris."

 

 

 

 Le Holmes mélomane est également décrit par Watson : Mon ami était un mélomane enthousiaste ; il exécutait passablement, et il composait des œuvres qui n'étaient pas dépourvues de mérite. Tout l'après-midi, il resta assis sur son fauteuil d'orchestre ; visiblement, il jouissait du bonheur le plus parfait ; ses longs doigts minces battaient de temps en temps la mesure ; un sourire s'étalait sur son visage ; ses yeux exprimaient de la langueur et toute la poésie du rêve... Qu'ils étaient donc différents des yeux de Holmes le limier, de Holmes l'implacable, l'astucieux, de Holmes le champion des policiers! Son singulier caractère lui permettait cette dualité.

 

 

 

J'ai souvent pensé que sa minutie et sa pénétration représentaient une sorte de réaction de défense contre l'humeur qui le portait vers la poésie et la contemplation. L'équilibre de sa nature le faisait passer d'une langueur extrême à l'énergie la plus dévorante. Je savais bien qu'il n'était jamais si réellement formidable que certains soirs où il venait de passer des heures dans son fauteuil parmi les improvisations ou ses éditions en gothique.

 

 

 

(...) Quand je le vis ce soir-là s'envelopper de musique à Saint-James's Hall, je sentis que de multiples désagréments se préparaient pour ceux qu'il s'était donné pour mission de pourchasser. Le violoniste Sherlock Holmes aime entendre la musique de chambre. Dans Une étude en rouge : "Il faudra faire vite. Je veux aller au concert de Hallé, cet après midi, pour entendre Norman Neruda... (...) Ses attaques et son coup d'archet sont magnifiques. Quelle est donc la petite chose de Chopin qu'elle joue si admirablement ? Tra la la lira lira lay." Citons aussi Les Huguenots de Meyerbeer dans Le chien des Baskerville et Tristan et Yseult de Wagner dans L'aventure du cercle rouge.

 

 

Ses Convictions

 

"Pourquoi le Destin joue-t-il de tels tours à de pauvres êtres impuissants?  Les voies du Destin sont vraiment impénétrables! S'il n'existe pas de compensation dans l'au-delà, alors le monde n'est qu'un jeu cruel.  Mais toute la vie n'est-elle pas pathétique et futile?... Nous atteignons. Nous saisissons. Nous serrons les doigts.

 

 

 

Et que reste-t-il finalement dans nos mains? Une ombre. Ou pis qu'une ombre: la souffrance."  Holmes est sensible aux idées antichrétiennes de William Winwood Reade dont il recommande la lecture de Le Martyre de l'Homme à Watson. Il est en accord avec Richter quand il dit "la première preuve de la grandeur d'un homme réside dans la perception de sa propre petitesse».

 

 

 

Il refuse fermement de croire au surnaturel et cite Darwin. "Nulle part la déduction n'est plus nécessaire que dans la religion. Le logicien peut en faire une science exacte", lance-t-il. Mais il semble n'avoir jamais trouvé le réconfort : "Quelle est la signification de tout cela, Watson? A quelle fin tend ce cercle de misère, de violence et de peur? Il doit bien tendre à une certaine fin, sinon notre univers serait gouverné par le hasard, ce qui est impensable.

 

 

 

Mais quelle fin? Voilà le grand problème qui est posé depuis le commencement des temps, et la raison humaine est toujours aussi éloignée d'y répondre."  Quand il se retire finalement dans la solitude de la côte sud de l'Angleterre, c'est, après tout, pour étudier la philosophie.

 

 

Ses Enquêtes raconter par le Dr Watson

 

Même si Watson se plaint de l'indifférence de Holmes envers ses écrits, en vérité le détective s'y intéresse les qualifiant de "superficiels"  et accusant Watson d'embellir la réalité et de leur donner une note romantique.

 

 

 

Il dit au docteur qu'il ne peut pas le féliciter pour ses récits. "Vos historiettes ont un effet totalement artificiel puisque vous gardez pour vous quelques facteurs qui ne sont jamais communiqués au lecteur".  "La détection est, ou devrait être, une science exacte ; elle devrait donc être constamment traitée avec froideur et sans émotion", dit-il, accusant Watson de sacrifier au goût du public plutôt que de se confiner dans les faits et les chiffres.

 

 

 

"Il est possible que vous ayez fait fausse route en essayant de mettre de la couleur et de la vie dans tous vos récits au lieu de vous borner à rendre compte de la marche austère du raisonnement de la cause à l'effet ce qui est, après tout, le plus remarquable dans ces affaires."  Il reproche à son biographe ses mauvaises habitudes de raconter les histoires en commençant par la fin. "Vous avez la détestable habitude de considérer toute chose du point de vue du conteur et non du point de vue du chercheur scientifique.

 

 

 

Ainsi, vous avez détruit ce qui aurait pu être une suite instructive et même classique de démonstrations. Vous négligez la finesse et la délicatesse de mes déductions pour insister sur des détails dont le caractère sensationnel excite peut-être la curiosité du lecteur mais ne l'éduque sûrement pas!», "De ce qui aurait pu être un cycle de conférences, vous avez fait une série de contes...», "Mes erreurs, aussi, ajoute-t-il, sont beaucoup plus fréquentes que ne le croiraient vos lecteurs".

 

 

 

Il se plaint aussi que Watson ait vanté à l'excès ses méthodes scientifiques. Alors, pourquoi n'écrit-il pas lui-même ses mémoires? Watson le lui demande  et il finit par prendre la plume. "En choisissant quelques affaires typiques qui illustrent les remarquables qualités mentales de mon ami Sherlock Holmes, écrit Watson, j'ai autant que possible accordé la préséance à celles qui, moins sensationnelles peut-être, offraient à ses talents le meilleur champ de manœuvres." En dépit de son goût à dédaigner la notoriété, il acquiert une renommée considérable grâce aux écrits de Watson. Renommée qui rejaillit également sur Watson.

 

 

 

 Un chroniqueur, admet Holmes, est toujours utile. Il invite donc Watson à l'accompagner dans ses investigations dans le but de trouver de la matière pour ses futurs récits. Aucun n'est d'ailleurs écrit sans l'accord de Holmes et il va même jusqu'à suggérer certains cas dont il aimerait voir le récit rendu public. (Cependant Holmes interdit la publication de toutes ses affaires, à l'exception de celle du chien des Baskerville, de son retour en 1894 jusqu'à 1903, juste avant qu'il ne se retire de la scène.

 

 

 

Et même après cette date, il n'est pas très disposé de les voir publiés. Tant qu'il exerce, la publicité faite autour de ses succès revêt pour lui une valeur pratique. Mais dès qu'il se retire définitivement et qu'il se consacre à la science et à l'apiculture, il prend sa renommée en grippe et il somme Watson de ne pas contrarier son désir de silence.  Entre 1887 et 1904, pas plus de quarante de ses affaires sont publiées couvrant une période de dix-sept ans. Au cours des vingt années séparant 1908 et 1927, à peine vingt cas sont relatés dont seize de la main de Watson

 

 

Ses Revenus

Holmes travaille d'abord pour l'amour de l'art plus que pour son profit "Mes frais professionnels sont établis d'après un barème fixe. Je ne les modifie pas, sauf quand j'en tiens quittes certains clients." 

 

A Helen Stoner qui avoue ne pas avoir d'argent dans l'immédiat, il précise : "Quant à mes honoraires, mon métier lui-même comporte toutes sortes de récompenses. S'il entre dans vos intentions de me défrayer des dépenses que je pourrais avoir à supporter, alors vous me réglerez quand cela vous sera plus facile, voilà tout!"  Quelques cas lui rapportent néanmoins beaucoup d'argent.

 

Une récompense de £1.000 est offerte pour la restitution du diadème de béryls  et pour celle de l'escarboucle bleue de la comtesse de Morcar. Il reçoit la même somme en remboursement de ses frais du roi de Bohême. Il reçoit £12.000 du duc d'Holdernesse qui sont plus pour acheter le silence de Holmes que pour rétribuer ses services. A l'exception de cette affaire, Watson ne le vit jamais demander une forte récompense pour ses services inestimables.

 

"Il était si détaché de ce monde (ou si capricieux) qu'il refusait souvent d'aider le riche et le puissant quand l'affaire n'éveillait pas sa sympathie. En revanche, il lui arrivait de consacrer des semaines d'application intense aux intérêts d'un client modeste dont le cas présentait des traits étranges ou dramatiques qui excitaient son imagination et défiaient son ingéniosité." 

 

 Les services rendus à la couronne scandinave et à la République française lui procure, en 1891, dit-il, de quoi terminer son existence le plus paisiblement du monde. Il y a aussi les petits cadeaux. Le roi de Bohême lui offre une tabatière en vieil or avec une grosse améthyste au centre du couvercle et la famille régnante de Hollande une bague avec un magnifique brillant.

 

Quant à la reine Victoria, elle lui offre personnellement une émeraude montée en épingle de cravate.

Ses échecs

 

Ses erreurs se produisent, dit-il, plus souvent que ne le penseraient les lecteurs. Sa longue carrière a, naturellement, connu des échecs, si l'on en croit Watson, ou des affaires partiellement résolues. "Vous m'avez déjà vu manquer mon but, reconnaît-il à Watson.

 

 

 

J'ai été battu quatre fois: trois fois par des hommes, une fois par une femme.", ajoute-t-il en 1887. "J'avais tellement l'habitude de ses succès, dit Watson en 1888, que l'hypothèse d'un échec ne m'effleurait même pas».

 

 

 

Néanmoins, l'affaire de la deuxième tache et celle de la Figure jaune sont deux échecs que Watson choisit de raconter. Il échoue aussi face à Irène Adler (SCAN). Enfin, Holmes se reproche souvent sa lenteur d'esprit. Il se trompe presque dans l'affaire de Abbey Grange et suspecte un innocent du vol des plans du Bruce-Partington.

 

 

 

Il est en défaut dans l'affaire de Baskerville (au début), dans ses premières recherches de Lady Frances Carfax, dans le début de Flamme d'argent, dans le vol de la perle des Borgia. Il commence parfois par des suppositions fausses avant de se rendre sur place, il tombe dans le piège lors du meurtre d'Eduardo Lucas, etc.

 

 

 

Holmes peut fort bien avoir été victime du raffinement excessif de sa logique et pencher un peu trop à préférer une explication bizarre alors qu'une autre, plus banale, se trouve à sa portée. Holmes le reconnaît lui-même, l'esprit agile qu'il possède a un inconvénient: il peut toujours concevoir des explications diverses qui rendraient cette certitude tout à fait illusoire.

 

 

 

Il se peut après tout qu'un homme qui ait quelques connaissances particulières et des facultés non moins particulières incline à chercher

 

 

Sa Méthode

 

L'un des traits les plus marquants du célèbre détective auprès du grand public est sans aucun doute la méthode qu'il emploie dans ses investigations. Chacun a en tête le souvenir d'un Sherlock Holmes furetant ici et là, loupe à la main, à la recherche du plus petit indice. Mais pourtant, plus que cette première phase consistant à rassembler des informations et des éléments de preuve, c'est sans doute la seconde phase de sa méthode qui força l'admiration et donna à Sherlock Holmes l'aura internationale qui ne l'a pas quittée depuis.

 

 

 

Prenons un exemple d'exploitation de ces données, tiré de La Ligue des rouquins : "En dehors des faits évidents que Mr. Wilson a quelques temps pratiqué le travail manuel, qu'il prise, qu'il est franc-maçon, qu'il est allé en Chine, et qu'il a beaucoup écrit ces derniers temps, je ne puis rien déduire d'autre !"

 

 

 

Après avoir surpris son nouveau client (et le lecteur) avec cette succession de détails biographiques et personnels, Holmes continue en expliquant le cheminement de sa pensée : "Votre main droite est presque deux fois plus large que la gauche. Vous avez travaillé avec, et ses muscles ont pris de l'extension. [...] En contradiction avec le règlement de votre ordre, vous portez en guise d'épingle de cravate un arc et un compas. [...] Que peut indiquer d'autre cette manchette droite si lustrée ?et cette tache claire près du coude gauche,

 

 

 

À l'endroit où vous posez votre bras sur votre bureau ? [...] Légèrement au dessus de votre poignet droit, il y a un tatouage : le tatouage d'un poisson, qui n'a pu être fait qu'en Chine."

 

 

 

Bien que ses qualités ne soient pas toujours appréciées à leur juste valeur ("Hé Bien ! C’est formidable. Au début, j'ai cru que vous étiez intelligent, mais je m'aperçois que ça n'était pas si malin, au fond !" - Mr. Wilson dans La Ligue des rouquins), Holmes expose un vrai raisonnement, logique, rationnel et qui ne laisse aucune place à l'intuition.

 

 

 

Pourtant dans ses enquêtes ce tour de force n'est qu'une étape dans le processus en trois phases qui mène à la résolution d'un "mystère" : - l'observation, - la déduction (ou induction), - la synthèse logique.

 

 

 

Pour l'observation, les trois principes directeurs du détective sont les suivants :

 

 

 

Première règle :

 

 

 

"Il est essentiel de ne pas se laisser influencer par des qualités personnelles.».

 

 

 

Holmes fait cette réflexion après une remarque de Watson concernant la beauté de Mary Morstan. Tandis que le docteur est hypnotisé par les charmes de sa future femme, Holmes, lui, la scrute aussi froidement qu'il l'aurait fait en observant de la cendre de tabac sous son microscope. Holmes dit souvent "qu'il peut lire dans une personne comme dans un livre ouvert." Mais que peut lire celui qui ne distingue pas les lignes ? Ainsi tout ce qui peut dévier le jugement et l'attention : l'amour, la haine, le dégoût, l'attirance, ... est à proscrire pour l'analyste professionnel.

 


Deuxième règle :

 

 

 

"Il est difficile de se servir quotidiennement d'un objet sans que la personnalité de son possesseur y laisse des indices."

 

 

 

Au début de sa carrière, ce qui retenait particulièrement l'attention de Sherlock Holmes ce n'était pas l'aspect physique de ses clients mais plutôt leurs vêtements ou leurs accessoires. "Mon premier regard, s'il s'agit d'une femme, est pour les manches.

 

 

 

S'il s'agit d'un homme, pour les genoux du pantalon" (Une Affaire d'identité).Toutefois, vingt ans plus tard, il révise son jugement : "Il faut toujours commencer par regarder les mains, Watson. Ensuite les poignets de la chemise, les genoux du pantalon et les souliers" (L'Homme qui grimpait).

 

 

 

Le meilleur exemple de cette règle, nous le trouvons dans l'aventure de L'Escarboucle bleue, où Holmes déduit d'un simple chapeau une douzaine d'informations (exactes) sur le propriétaire qu'il n'a jamais vu et qu'il ne connaît pas. "D'après la surface frontale, son propriétaire est un intellectuel.

 

 

 

Et alors qu'il était très à l'aise ces trois dernières années, il a mangé récemment de la vache enragé. On peut dire aussi de lui qu'il avait le don de prévoyance : moins à présent toutefois que jadis ; perte imputable, sans doute, à une certaine dégénérescence morale qui, jointe à des revers de fortune, paraît due elle-même à une influence détestable : la boisson, évidemment. Et ceci serait la justification du fait non moins évident que sa femme ne l'aime plus. [...] Cependant cet homme n'a pas perdu tout respect de soi-même.

 

 

 

Nous nous trouvons en présence d'un gentleman qui mène une existence sédentaire, qui sort peu, qui n'est plus en bonne forme physique, qui est entre deux âges, et dont les cheveux grisonnent...Pour les cheveux, il les a fait couper ces jours-ci, et il les discipline d'habitude avec du cosmétique.[...] Il est extrêmement improbable qu'il habite une maison où le gaz soit installé."

 

 

 

Il est vrai néanmoins que l'adéquation entre les propositions de Sherlock Holmes et la réalité doit tout à la symbiose entre le détective et son univers : "Sherlock Holmes réussit toujours ses raisonnements avec la plus grande classe car ces derniers correspondent parfaitement à la réalité de son monde. Conan Doyle a simplement créé un univers à la mesure du héros, un univers dont le détective est le centre et qui reflète son égocentrisme. Le monde est construit pour et autour du personnage qui peut ainsi y prévoir l' "avenir" en choisissant les hypothèses les plus probables car il en connaît le fonctionnement.

 

 

 

Et contrairement à Watson, pas d'échecs possibles pour le héros. Ainsi, toutes les abductions faites sur l'espace sont justes car cet espace est organisé en fonction des besoins de Holmes." (Loïc Ravenel, à propos d'un article d'Umberto Eco, Conjectures d'Aristote à Sherlock Holmes - Le magazine littéraire - Avril 1987 dans Les Aventures géographiques de Sherlock Holmes, p. 226, Editions Larousse).

 


Troisième règle :

 

 

 

"Comment avez-vous vu cela, Holmes ? - Parce que je le cherchais."

 

 

 

L'art de l'observation n'est pas une question d'intelligence. Il s'agit d'un long entraînement et d'un gros travail de recherche. Holmes "ne voit pas plus que les autres, mais il est entraîné à remarquer ce qu'il voit." L'observateur amateur regarde, voit mais ne sait pas s'arrêter sur les détails d'importance parce qu'il n'a pas appris à le faire.

 

 

 

Tout comme les annales du crime, Holmes sait tout ce qu'il faut savoir sur les tissus, les boutons, les lunettes, les chaussures, les cicatrices, les traces et même certaines parties du corps. Il est d'ailleurs l'auteur de plusieurs monographies : De la distinction entre les cendres de divers tabacs, La Détection des empreintes de pas, Les Tatouages, Les Différentes formes d'oreilles humaines, etc.

 

 

 

Mais cette dernière règle ne se limite pas aux clients. Lorsqu'il est sur les lieux du crime Holmes sait où chercher car il sait ce dont le criminel a eu besoin et ce qu'il a pu laisser derrière lui. "Vous connaissez ma méthode Watson. Je me mets à la place de l'homme, et ayant d'abord évalué l'ampleur de son intelligence, je m'efforce d'imaginer comment j'aurais moi-même agi dans des circonstances analogues."

 

 

 

La deuxième phase de la méthode est la déduction. Elle a longtemps été le terme qui englobait toutes les facultés mentales de Sherlock Holmes. Cette contre-vérité est d'autant plus désagréable que ce terme est incorrectement employé. En effet, Holmes ne déduit pas, il induit. La déduction est un processus d'élimination, de soustraction qui a longtemps été d'un grand secours aux enquêteurs antérieurs au détective. Mais la déduction est une opération qui part du général pour arriver au particulier. L'induction, elle, va du particulier au général : lorsque Holmes conclut que le propriétaire d'un fiacre est un médecin de médecine générale quand il remarque son panier d'osier contenant divers instruments médicaux, il part effectivement d'un fait particulier pour arriver à une généralité.

 

 

 

Jusqu'ici la méthode apparaît plutôt simple et, sinon reproductible, au moins accessible. Mais à ce stade elle ne peut suffire à résoudre les énigmes... La méthode de Sherlock Holmes est plus savante. Il y a un quelque chose en plus que le commun des mortels ne maîtrise pas et qui n'est cité qu'une seule fois (dans l'aventure des Hêtres-Rouges) : la synthèse logique. "... les petites relations de nos aventures que vous avez eu la bonté de rédiger ne réservent pas la place d'honneur à ces causes célèbres et à ces procès sensationnels où j'ai joué un rôle. Vous avez préféré rendre compte d'affaires qui en elles-mêmes auraient été du dernier banal si elles n'avaient permis à ces facultés de déduction et de synthèse logique dont j'ai fait ma spécialité de se déployer hardiment."

 

 

 

La synthèse, au sens Hegelien, c'est de la création, la formation de quelque chose de nouveau à partir de divers éléments déjà existants. Une fois que Sherlock Holmes a effectué toutes ses observations et "déductions", il lui faut trouver le fil qui les relie intégralement. Il lui faut une histoire, une explication. "Aucune combinaison d'événements n'échappe à l'explication humaine. Une sorte d'exercice mental, sans aucune garantie de vérité, m'indique une ligne possible qui correspond aux faits. C'est, je le confesse, un travail de pure imagination ; mais combien de fois l'imagination ne s'est-elle pas révélée mère de la vérité ?" 

 

 

 

Et son imagination pouvait le mener très loin : "Sherlock Holmes, quand il avait un problème à résoudre, pouvait demeurer des jours entiers, et même une semaine sans se reposer : il tournait et retournait les faits dans sa tête, les examinait sous tous les angles jusqu'à ce qu'il eût bien approfondi le mystère, à moins qu'il ne trouvât insuffisants ses renseignements " (L'Homme à la lèvre tordue). Au bout du compte il pouvait avoir jusqu'à "sept explications distinctes ; chacune se rapportant aux faits tels que nous les [connaissions]" (Les Hêtres-Rouges). Une seule de ces explications s'avérera être la solution de l'énigme. D’ou sa célèbre maxime qu'il cite aussi comme une règle : "Lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, aussi improbable que cela paraisse, doit être la vérité."